Il y a 5 ans, suite à un vaste mouvement de panique médiatique sur le mode « le QI baisse, c’est la faute à [insérez votre bouc-émissaire préféré] », ma collègue Ghislaine Labouret et moi-même étions amenés à écrire un article sur l’évolution des scores de QI, en nous basant sur une vaste méta-analyse (Pietschnig et Voracek, 2015). Nous concluions que les scores de QI[1] avaient considérablement progressé au cours du XXe siècle, et que cette tendance semblait se poursuivre au début du XXIe siècle, quoiqu’à un rythme plus faible.
Ce message rassurant ne convenait visiblement pas à tout le monde. Le journaliste Stéphane Foucart, dans sa chronique du Monde, contestait notre analyse et qualifiait notre argumentaire de trompeur. Sa critique étant peu pertinente, nous avons défendu nos conclusions dans un nouvel article[2]. Néanmoins, tout le monde était d’accord pour dire que les données post-1995 étaient peu nombreuses et offraient peu de recul pour apprécier les tendances récentes. Il était donc important de continuer à suivre l’évolution des données.
Cinq ans plus tard, l’occasion nous est donnée de faire le point avec la publication d’une nouvelle méta-analyse portant sur plus de 1000 jeux de données de 300 000 personnes dans 72 pays sur la période 1948-2020 (Wongupparaj et al. 2023). 90% de ces données ont été collectées au cours de la période 1986-2020, ce qui permet de bien mieux apprécier l’évolution récente des scores que la précédente méta-analyse de Pietschnig et Voracek (2015).
L’analyse porte uniquement sur les matrices progressives standard de Raven, un test d’intelligence fluide non-verbale publié pour la première fois en 1936 et qui continue à être administré à l’identique depuis. Cette propriété permet de comparer directement les scores bruts obtenus à ce test par des individus nés à des époques différentes, sans avoir à se soucier de la péremption culturelle qui affecte typiquement les tests verbaux[3].
Les résultats sont clairs : l’effet Flynn se poursuit, les scores de QI ont continué à progresser au cours des 30 dernières années, comme le montre la Figure 1. Le zoom sur la période 1986-2020 permet de constater le grand nombre d’études couvrant la période récente, ainsi que le fait que les scores continuent de progresser dans les années les plus récentes.

L’analyse révèle deux autres faits intéressants. D’une part, elle confirme le fait que les scores progressent moins vite dans la période récente que précédemment : de 1948 à 1985, ils ont progressé de 2,4 points par décennie, alors que de 1986 à 2020 ils n’ont progressé que de 1,8 points par décennie. D’autre part, elle montre que les scores ont le plus progressé (2,9 points par décennie) dans les pays à revenus moyens (tels que Brésil, Russie, Inde, Chine), comparé aux pays les plus riches (2 points par décennie), et aux pays les plus pauvres (0,4 points par décennie).
Ces résultats sont compatibles avec l’interprétation de l’effet Flynn que nous donnions dans notre précédent article : les scores de QI ont progressé au cours du XXe siècle du fait de l’amélioration de la nutrition, de la santé et de l’éducation, qui ont un impact établi sur le développement cérébral et cognitif. Mais il y a sans doute des limites à l’amélioration de ces facteurs, ce qui peut expliquer à la fois que les scores commencent à plafonner, et qu’ils plafonnent d’autant plus dans les pays qui ont déjà les meilleurs niveaux de nutrition, de santé et d’éducation. Les pays dont les scores ont le plus progressé sont ceux qui ont connu la plus forte croissance économique et aussi la plus grande amélioration de ces facteurs au cours de la période. Les pays qui sont restés les plus pauvres continuent à avoir des niveaux importants de malnutrition infantile, de maladies infectieuses, et des taux de scolarisation moyens, ce qui explique que leurs scores progressent le moins. Ces résultats sont donc aussi cohérents avec l’analyse que j’ai faite des différences de QI moyens entre pays.
Certes, ces résultats sont restreints au test des matrices de Raven, et donc à la notion d’intelligence fluide, et donc ne sont pas nécessairement généralisables à l’intelligence générale en tant que telle. Il se pourrait que les scores d’intelligence verbale progressent moins que ceux d’intelligence fluide. Néanmoins, si l’hypothèse d’un facteur environnemental (pollution atmosphérique, pesticides…) ayant des effets négatifs importants sur le développement cognitif était correcte, ce facteur devrait a priori affecter l’ensemble du cerveau et des fonctions cognitives, et donc son effet devrait se voir sur les scores au test de Raven. S’il existe un tel effet négatif, il est visiblement beaucoup plus faible que les effets positifs qui continuent à faire progresser les scores.
En résumé, il n’y a toujours pas lieu en 2023 de se lamenter que l’intelligence générale de la population baisse. Elle ne baisse pas, elle continue de progresser, mais un peu moins que par le passé.
Références
Pietschnig, J., & Voracek, M. (2015). One Century of Global IQ Gains : A Formal Meta-Analysis of the Flynn Effect (1909–2013). Perspectives on Psychological Science, 10(3), 282‑306. https://doi.org/10.1177/1745691615577701
Wongupparaj, P., Wongupparaj, R., Morris, R. G., & Kumari, V. (2023). Seventy years, 1000 samples, and 300,000 SPM scores : A new meta-analysis of Flynn effect patterns. Intelligence, 98, 101750. https://doi.org/10.1016/j.intell.2023.101750
[1] QI : quotient intellectuel, une mesure standardisée de l’intelligence générale, relativement à la population de même âge et de même pays. Si vous pensez que « le QI c’est n’importe quoi », ou si vous souhaitez tout savoir sur la mesure de l’intelligence, vous pourrez trouver sur cette page de nombreux éléments à lire ou à écouter.
[2] Le débat s’est poursuivi poliment sur Twitter, après quoi Stéphane Foucart m’a bloqué, et depuis il m’attaque régulièrement de manière assez peu élégante (voir notamment ma réponse à son livre).
[3] On peut juger que les scores aux matrices de Raven ne capturent qu’une partie de l’intelligence générale. De fait, ils ne permettent pas de tirer de conclusions sur l’intelligence verbale. Néanmoins, de nombreuses études ont montré que les scores d’intelligence fluide obtenus aux matrices de Raven sont fortement corrélés aux scores d’intelligence générale calculés à partir de batteries plus complètes.
Bonjour,
merci de la recension !
Flynn lui même ne considérait pas la nutrition comme un facteur sérieux de hausse du QI
Enhanced nutrition has made us taller people and poor nutrition has made us more obese. But our diet today probably does not make us very different people from our grandparents as far as cognitive competence is concerned. Our brains have altered since 1900, and they are better brains for solving the problems of our time. But they have altered rather like a muscle, that is, they have altered because we use them differently than our parents and grandparents did. The causes of this are many and the effects of nutrition, at least since privation has been banished, are too weak to stand out from the crowd.
Cliquer pour accéder à Flynn-2009-Requiem-for-nutrition-as-the-cause-of-IQ-gains-Ra.pdf
Un avis sur ce papier ? Je ne crois pas l’avoir vu passer sur votre site.
https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0160289622000241
bonne soirée
J’aimeJ’aime
Je connais cet article de Flynn, mais il ne parle de la nutrition que comme explication des gains de QI en Grande-Bretagne après 1950. Il est fort probable que la malnutrition ait suffisamment disparu de GB (et de tous les pays industrialisés) depuis 1950 pour que la nutrition n’explique plus aucune part de variabilité dans les scores de QI. Mais ça ne dit rien sur les époques antérieures, ni sur les pays dans lesquels la malnutrition reste présente (notamment en Afrique).
Finalement c’est une illustration du fait que certains facteurs qui ont engendré l’effet Flynn historique finissent par atteindre un optimum, et du coup il est attendu que les scores augmentent de moins en moins.
J’aimeJ’aime
Salut
Malheureusement l’article du monde est réservé à ses abonnés et n’est donc pas lisible en intégralité pour faire son opinion sur les propos de Foucart.
En revanche je ne comprends pas pourquoi il y a debat s’il y a des données empiriques solides pour trancher un tel débat ?? On devrait passer à autre chose.
Une fois qu’on a démontré que la terre est ronde il serait plus intéressant de comprendre pourquoi elle est ronde qie revenir sans cesse sur la platitude de la terre 😉
J’aimeJ’aime
Vu la dispersion autour de la régression linéaire, il est difficile d’en déduire quelque chose. Surtout que le QI passe de 95 à 98 en 45 ans (difficile de voir les bons chiffres). Difficile dans ce contexte d’établir qu’il y a bien une augmentation. Surtout que le nombre de données par années changent beaucoup.
J’aimeJ’aime
Oui, il y a de la dispersion, et les données fluctuent d’année en année. Pour voir si malgré tout ce bruit, il y a une tendance fiable, on fait des statistiques. Ici, une régression linéaire qui montre qu’il y a bien une tendance fiable, en l’occurrence croissante.
J’aimeJ’aime
Vu l’énorme dispersion, la régression linéaire n’apporte aucune info. De plus, la croissante n’est que de quelques pourcents. Il y a un gros biais statistique dans cette étude
J’aimeJ’aime
Il faut raisonner de manière moins binaire et plus quantitative. Il y a pas mal d’échelons intermédiaires entre « tout expliquer » et « n’apporter aucune info ». Une tendance faible n’est pas un biais statistique, c’est juste une tendance faible.
De toute façon l’objectif de cette analyse n’est en aucun cas de prétendre « expliquer » les scores moyens de QI par l’année. Il s’agit juste de détecter les tendances à la hausse ou à la baisse. Ici, clairement, les données ne sont pas compatibles avec l’hypothèse d’une baisse, et soutiennent plutôt l’hypothèse d’une continuation de la hausse. Que cette hausse soit faible, tout le monde est d’accord avec ça.
J’aimeJ’aime
Les matrices de Raven sont parmi les sous-tests qui ont le plus bénéficié de l’effet Flynn, il n’est donc pas étonnant qu’une méta-analyse sur les matrices de Raven aboutissent à ce genre de résultats, mais cela ne nous informe pas sur la tendance en cours concernant le QI et g. Selon Gignac (2015), les matrices de Raven ne sont pas une mesure pure du facteur g d’intelligence générale.
https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0160289615001002
Pourquoi ne mentionnez-vous jamais le modèle de co-occurrence de Michael Woodley selon lequel le facteur g diminue, par fertilité dysgénique ?
La fertilité dysgénique dans les pays occidentaux est une réalité qui n’est, il me semble, pas débattue. À partir de là, on devrait en conclure que g baisse mécaniquement dans les populations concernées. Quelle est votre réponse là-dessus ?
J’aimeJ’aime
Aucun test n’est une mesure pure du facteur g. Parmi tous les tests, le test de Raven est un excellent test d’intelligence fluide et visuo-spatiale, et l’un de ceux qui a la pondération la plus grande dans le facteur g. Cette mesure d’intelligence fluide ne dit rien directement sur d’autres composantes de l’intelligence (notamment verbales), mais elle leur est corrélée. Le fait qu’elle continue à progresser est loin d’être trivial, et est plutôt rassurant. Pour que le facteur g diminue dans un contexte où l’intelligence fluide progresse, il faudrait que les compétences verbales et autres régressent dramatiquement. Mais aucune donnée ne semble le suggérer.
J’aimeJ’aime
Deuxième point: la fertilité dysgénique.
Pour les lecteurs, il s’agit du constat que les personnes à haut QI ont généralement moins d’enfants que les personnes à bas QI, ce qui induit une sélection d’allèles défavorables à l’intelligence, et pourrait donc faire baisser les scores de QI au fil des générations (fertilité dysgénique). C’était le constat à la base du mouvement eugéniste.
Ce qui a changé depuis le XIXe siècle de Galton, c’est qu’aujourd’hui on peut utiliser les données psychométriques et génétiques pour vérifier s’il y a une telle tendance, et estimer sa taille.
Par exemple dans l’étude de Kong et al. (2017) basée sur la population islandaise, la tendance dysgénique a été quantifiée à -0.038 point de QI par décennie. Soit un centième de l’effet Flynn (environ +3 points par décennie au cours du 20ème siècle). Sous des hypothèses relativement discutables, ces auteurs fournissent une projection haute de l’effet dysgénique total (observé + non observé dans cette étude). Ils l’estiment à 0.3 points de QI par décennie. Ce qui est 10 fois plus, mais reste encore un dixième de l’effet Flynn. Ils en concluent qu’une telle tendance dysgénique est significative à l’échelle de l’évolution de l’espèce (si la tendance se prolongeait pendant des milliers d’années). En revanche, elle ne peut en aucun cas expliquer les baisses de plusieurs points de QI que croient avoir observé certains. De même, Bratsberg & Rogeberg (2018) qui ont publié la principale étude suggérant un effet Flynn inversé (sur la population norvégienne), concluent qu’il ne peut en aucun cas être dû à une tendance dysgénique.
En conclusion, si la tendance dysgénique est réelle, elle est de l’ordre d’un centième à un dixième de l’effet Flynn, et donc n’a aucun impact significatif sur les tendances de scores de QI observées à l’échelle des dernières décennies.
Bratsberg, B., & Rogeberg, O. (2018). Flynn effect and its reversal are both environmentally caused. Proceedings of the National Academy of Sciences, 115(26), 6674‑6678. https://doi.org/10.1073/pnas.1718793115
Kong, A., Frigge, M. L., Thorleifsson, G., Stefansson, H., Young, A. I., Zink, F., Jonsdottir, G. A., Okbay, A., Sulem, P., Masson, G., Gudbjartsson, D. F., Helgason, A., Bjornsdottir, G., Thorsteinsdottir, U., & Stefansson, K. (2017). Selection against variants in the genome associated with educational attainment. Proceedings of the National Academy of Sciences, 201612113. https://doi.org/10.1073/pnas.1612113114
J’aimeJ’aime
Bonjour,
Merci pour votre article. Mes questions sortent un peu du cadre de cet article et seront peut-être naïves, mais j’ai du mal à trouver des réponses sur internet.
-N’y aurait-il pas plus d’intérêt à mesurer le QI en valeur absolue systématiquement ? (Ex: Nombre de réponse juste à un test) Puis ensuite, détailler les écarts par rapport à la population de référence. Cela permettrait de mieux voir ce genre d’évolution, ainsi que les évolutions liées à l’age (un peu comme un test d’audition, qui décline avec l’age mais plus ou moins vite par rapport à la normale).
-L’évolution du QI peut s’expliquer par plusieurs facteur facteurs, alimentation, .. etc, et notamment l’éducation. Existe-il des études qui ont essayé de quantifier ces paramètres, notamment l’éducation ? (ex: Comparaison des QI entre les ingénieurs des années 60 et les ingénieurs de nos jours). J’imagine qu’il y aura un « biais de sélectivité » (je sais pas si ça se dit) car il avait besoin de moins d’ingénieurs dans les années 60, donc j’imagine une sélectivité plus importante. Mais, par exemple, mesurer le QI d’une promotion de polytechniciens (taille de la promotion qui évolue peu) dans une population française (qui évolue peu) devrait limiter ce « biais de sélectivité » ?
Merci d’avance pour vos réponses
J’aimeJ’aime
1er point: tout dépend de l’usage qu’on veut faire des scores dans les tests. Si on veut suivre les évolutions sur le long-terme, d’une génération à l’autre, alors bien sûr comparer les scores bruts est la meilleure chose à faire. C’est ce que fait l’étude décrite ci-dessus.
Mais la plupart des usages des scores de QI ont des buts très différents. La plupart du temps, les tests participent à un diagnostic individuel, et celui-ci nécessite de comparer le niveau intellectuel de la personne à la population de même pays et de même âge. Dans tous ces cas, ce sont les scores standardisés qui sont pertinents. Dans tous les cas les scores bruts sont disponibles aussi sur les feuilles de tests.
J’aimeJ’aime
Sur le 2nd point, oui on peut estimer l’effet de l’éducation sur le QI. Mais la méthode que vous proposez ne conviendrait pas car la population n’est pas constante ni comparable d’une époque à l’autre.
Pour ce qui est du rôle de l’éducation dans l’effet Flynn sur le long-terme, la méta-analyse de Pietschnig & Voracek (2015) a conclu que c’était bien l’un des facteurs explicatifs. Mais n’a pas quantifié son importance.
Pour ce qui est du rôle de l’éducation dans l’augmentation de l’intelligence au niveau individuel, la méta-analyse de Ritchie & Tucker-Drob (2018) a conclu que chaque année de scolarisation augmentait les scores d’intelligence bruts de l’équivalent de 1 à 5 points de QI standardisés.
Pietschnig, J., & Voracek, M. (2015). One Century of Global IQ Gains : A Formal Meta-Analysis of the Flynn Effect (1909–2013). Perspectives on Psychological Science, 10(3), 282‑306. https://doi.org/10.1177/1745691615577701
Ritchie, S. J., & Tucker-Drob, E. M. (2018). How Much Does Education Improve Intelligence ? A Meta-Analysis. Psychological Science, 29(8), 1358‑1369.
J’aimeJ’aime
Bonjour,
je découvre votre site (beaucoup d’articles passionnants !), celui-ci me laisse songeur quant au cas particulier de la France : avez-vous des données concernant l’évolution du QI en France ? En effet, je pensais pour ma part, au vu des performances en orthographe et en calcul qui baissent ( https://www.education.gouv.fr/les-performances-en-orthographe-des-eleves-en-fin-d-ecole-primaire-1987-2007-2015-1991 https://www.education.gouv.fr/l-evolution-des-performances-en-calcul-des-eleves-de-cm2-trente-ans-d-intervalle-1987-2017-11978 ), que le QI, qui doit leurs être fortement corrélé, baisserait aussi. Je serais très curieux d’avoir votre avis d’expert là-dessus, merci d’avance pour votre réponse.
J’aimeJ’aime
Notre premier article sur la baisse du QI inclut une analyse de l’évolution des scores des enfants français de 1978 à 2016, qui ne semble pas montrer de décroissance (avec une méthodologie malgré tout limitée).
Bien sûr, il est raisonnable de supposer que si le niveau scolaire baisse, le QI devrait baisser aussi. A quelques réserves près:
– la scolarisation n’est pas le seul facteur qui influence le développement cognitif. Si l’effet de la scolarité sur l’intelligence baisse mais que d’autres facteurs ayant un effet positif continuent à augmenter, le résultat net peut rester positif.
– l’orthographe est sans doute l’une des choses qu’on apprend à l’école qui a le moins de lien avec l’intelligence, donc je ne me fierais pas à cela.
Le calcul (tout comme la lecture) est bien sûr plus pertinent.
Bref, si l’on veut établir des tendances des scores de QI, la seule bonne méthode consiste à comparer les résultats de générations successives sur les mêmes tests. On peut conjecturer sur la base des résultats scolaires, mais cela reste très indirect.
J’aimeJ’aime
Bonjour,
Je découvre votre site, grâce aux publications du Csen, avec un grand intérêt. J’ai été interpellée, en tant que professeure de français, par cette phrase dans votre commentaire précédent : « l’orthographe est sans doute l’une des choses qu’on apprend à l’école qui a le moins de lien avec l’intelligence ». Pourriez-vous expliquer pourquoi ou me rediriger vers une ressource qui pourrait m’éclairer sur ce point ? Non que je doute de la véracité de votre propos, ce serait plutôt le contraire ; mais je vois régulièrement des élèves découragés par leurs difficultés en orthographe, et j’aimerais pouvoir leur expliquer avec précision pourquoi cela dit peu de choses sur leur intelligence, car eux-mêmes se sentent malheureusement trop souvent « bêtes » lorsqu’ils ont des résultats insatisfaisants. Un grand merci à vous.
J’aimeJ’aime
C’est un fait que, dans les études qui mesurent à la fois l’intelligence et l’orthographe, les deux sont faiblement corrélés.
Par un exemple voici un tableau de corrélation
https://link.springer.com/article/10.1007/s10212-020-00464-7/tables/2
extrait de cette étude:
Zarić, J., Hasselhorn, M., & Nagler, T. (2021). Orthographic knowledge predicts reading and spelling skills over and above general intelligence and phonological awareness. European Journal of Psychology of Education, 36(1), 21‑43. https://doi.org/10.1007/s10212-020-00464-7
Les chiffres à regarder sont dans la première colonne. L’intelligence (non-verbale) est corrélée à 0.28 avec la dictée de mots et pas du tout (-0.01) avec un test où il faut choisir entre un mot correctement orthographié et avec une faute.
De manière générale, l’orthographe est un code complètement arbitraire pour représenter la langue orale. Son apprentissage nécessite des capacités cognitives spécifiques (visuelles, phonologiques, etc.) mais très peu de capacités générales (=intelligence). Bien sûr, les élèves les plus intelligents arriveront en général à mieux apprendre quoi que ce soit, y compris les bizarreries de l’orthographe française qui ne répondent à aucune logique, mais ce n’est tout de même pas là que leur intelligence s’exprime le mieux (et ils peuvent être battus par des élèves beaucoup moins intelligents mais qui auraient une très bonne mémoire visuelle).
J’aimeJ’aime
Je vous remercie infiniment d’avoir pris le temps de m’apporter cette réponse très éclairante !
J’aimeJ’aime
Bonjour,
Merci pour cet article !
Que pensez-vous de cette publication relayée depuis plusieurs jours dans certains médias: https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fpsyg.2024.1309142
Particulièrement le point suivant:
« We conducted a meta-analysis of the mean IQ scores of college and university students samples tested with Wechsler Adult Intelligence Scale between 1939 and 2022. Results. The results show that the average IQ of undergraduate students today is a mere 102 IQ points and declined by approximately 0.2 IQ points per year. »
S’agit-il d’une publication fiable ?
Merci d’avance
J’aimeJ’aime
Je ne vois pas de problème avec cet article, ses résultats sont tout à fait logiques, et d’ailleurs bien expliqués dans l’abstract.
Tout d’abord: l’entrée à l’université n’est pas conditionnée à des tests de QI, mais elle est souvent conditionnée à un corrélat du QI (à peu près à 0.6), à savoir la réussite à un examen ou à un test (en France: le bac). Donc comme la population qui entre à l’université est sélectionnée sur un corrélat du QI, on s’attend effectivement à ce que les étudiants à l’université aient un QI supérieur à la moyenne, donc supérieur à 100.
Maintenant, la proportion de la population qui fait des études supérieures n’a cessé d’augmenter avec le temps, et donc la sélectivité de l’entrée à l’université a forcément baissé (même si par le passé il y avait bien d’autres obstacles aux études que le niveau intellectuel ou scolaire).
Quand 80% de la population obtient le bac et quand 75% entre dans l’enseignement supérieur, le QI moyen de la population des étudiants devient très proche de celui de l’ensemble de la population. A fortiori quand le critère d’entrée n’est pas strictement le QI, mais juste corrélé au QI.
C’est aussi ce qui donne aux profs du supérieur l’impression que le niveau de leurs étudiants baisse à chaque génération. C’est vrai, mais ce n’est pas parce que le niveau global de la population baisse, c’est parce que la population d’étudiants s’élargit constamment à des étudiants de plus faible niveau. Et cela s’arrêtera dès que la proportion de la population qui va à l’université se stabilisera.
J’aimeJ’aime