Sur le sujet de l’environnement (comme sur bien d‘autres), les médias nous donnent une vision déformée à la fois des problèmes et des solutions. Les médias tendent à relayer des discours préfabriqués, parfois par des scientifiques, mais aussi souvent par des politiques et des militants. Ces discours ne se basent pas suffisamment sur des données objectives et fiables, et sont parfois en décalage complet avec la réalité.
Le travail d’Hannah Ritchie à Our World in Data, c’est justement de produire des données objectives et fiables sur le monde pour que les politiques et les citoyens puissent ensuite prendre les meilleures décisions possibles. C’est pourquoi son livre, aujourd’hui traduit en français, est une lecture incontournable pour tous ceux qui se sentent concernés par la crise environnementale et qui souhaitent agir le plus efficacement possible pour la transition écologique.
J’ai collé ci-dessous quelques extraits et notes prises à la lecture de la version originale du livre. Évidemment, ces notes ne donnent pas de justification des affirmations faites, et encore moins les références scientifiques. Si vous voulez des justifications argumentées, quantifiées et sourcées, elles existent, elles sont toutes dans le livre.

Les problèmes de notre information sur l’environnement
Nous regardons les informations quotidiennes et ces gros titres contribuent à notre vision du monde. Mais ça ne marche pas. Les nouvelles sont conçues pour nous dire des choses… nouvelles: une histoire particulière, un événement rare, la dernière catastrophe. Parce que nous les voyons dans les informations si souvent, les événements improbables semblent probables. Pourtant le plus souvent ils ne le sont pas. C’est pour cela qu’ils sont sélectionnés comme « nouvelles », et qu’ils attirent notre attention. Ces événements et histoires particulières sont importants. Mais ils sont une très mauvaise manière d’avoir une vision globale.
Beaucoup de changements qui façonnent profondément le monde ne sont pas rares ni captivants. Le seul moyen de les voir est de prendre du recul et de regarder des données sur le long terme. Il est important de bien apprécier les progrès passés pour :
- Éviter une vision excessivement défaitiste qui conduit à l’éco-anxiété et au découragement, et qui détourne des actions importantes à mener.
- Apprendre de ce qui a marché dans le passé pour s’en resservir à l‘avenir.
On a souvent une perception erronée des actions qui sont bonnes (pour l’environnement, le climat). Les médias accordent une surreprésentation à certaines politiques ou actions qui ont des effets minimes, voire des effets négatifs, tout en minimisant ou en passant sous silence des politiques ou actions qui auraient des effets positifs bien supérieurs. Du coup beaucoup de nos concitoyens dotés d’une forte conscience écologique s’épuisent en une myriade d’actions qui ont très peu d’effet, tout en n’accomplissant pas des actions qui auraient un bien plus grand impact. Il importe d’informer toutes ces décisions par des données objectives et fiables, de manière à réorienter au maximum les énergies vers les actions à fort impact. Nous ne parviendrons pas à résoudre les problèmes environnementaux de la planète sans se concentrer en premier lieu sur les actions à plus fort impact.
La pollution de l’air
3 success-stories concernant la pollution de l’air :
- les pluies acides sont un problème résolu dans les pays riches et en cours de résolution dans les autres.
- la couche d’ozone a cessé d’être détruite et est en cours de reconstitution.
- la qualité de l’air s’améliore continument dans les grandes villes des pays riches, et on sait quoi faire pour les autres.
Ces quelques succès montrent que les humains sont 1) capables de prendre conscience de certains problèmes environnementaux majeurs; 2) de décider collectivement de les résoudre; 3) de trouver des moyens efficaces pour les résoudre; 4) de les mettre en œuvre de manière suffisamment globale et résolue pour que ça finisse par porter ses fruits. Rien ne garantit qu’il en soit nécessairement de même pour tous les problèmes auxquels nous sommes confrontés, mais cela montre au moins que c’est possible et qu’il faut continuer dans cette voie.

Comment réduire la pollution de l’air à presque zéro partout? Une recette simple: Arrêter de bruler des choses!
- Donner à tous accès à des carburants domestiques propres.
- Arrêter les brulis de cultures.
- Retirer le soufre des carburants fossiles.
- Passer aux véhicules électriques.
- Conduire moins.
- Abandonner les énergies fossiles au profit des renouvelables et du nucléaire (bonus: c’est bon aussi pour le climat).
Le changement climatique
Beaucoup voient le mode de vie moderne comme un problème. Nous passons toute la journée sur des gadgets gourmands en énergie. Nous achetons beaucoup de choses et nous ne prenons pas la peine de les réparer. Nous gaspillons de la nourriture. Et pourtant, notre empreinte carbone est la moitié de celle de nos grands-parents (HR parle pour le Royaume-Uni et ça vaut aussi pour la France). Grâce à la transition du charbon vers une électricité de moins en moins carbonée.

De nombreux pays ont découplé leur croissance économique de leurs émissions de CO2. Même quand on inclut les émissions induites dans d’autres pays par l’achat de produits importés.
Les leviers les plus importants pour limiter le changement climatique :
- décarboner l’énergie : renouvelables et nucléaire.
- décarboner les transports : pas de voiture ou voiture électrique, prendre moins l’avion. Pour les autres besoins, il va falloir innover et limiter.
- décarboner ce que nous mangeons: moins de viande et de produits laitiers, améliorer l’empreinte carbone et la productivité de l’agriculture, réduire la surconsommation et le gaspillage.
- innover pour décarboner le ciment ou capter ses émissions.
- taxer le carbone (ce qui facilitera tout le reste) .
Les actions qui n’ont pas autant d’impact positif sur le climat que vous croyez et sur lesquelles vous pouvez vous détendre si ça vous complique excessivement la vie (pour mieux se concentrer sur les actions à fort impact) :
- recycler les bouteilles plastiques;
- remplacer les ampoules par de plus efficaces;
- s’abstenir de télécharger des films;
- lire sur papier plutôt que sur liseuse;
- utiliser le lave-vaisselle plutôt que laver à la main;
- manger local;
- manger bio (peut même aggraver votre empreinte carbone);*
- éteindre les appareils en veille;
- débrancher les chargeurs de téléphone.
La déforestation
La plus grosse infox sur la forêt : « l’Amazonie nous fournit 20% de notre oxygène ».
En fait les forêts consomment autant d’O2 qu’elles n’en produisent. L’O2 que nous respirons a été produite par des cyanobactéries il y a 2,5 milliards d’années et n’est pas prête de s’épuiser.
Il y a de bien meilleures raisons de vouloir stopper la déforestation: émissions de CO2 et perte de biodiversité.
Deuxième infox sur la déforestation : « on peut la réduire en boycottant l’huile de palme ».
En fait cette plante est tellement plus productive que les autres qu’il faudrait 4 à 10 fois plus de surface agricole pour produire la même quantité d’autres huiles. Or les impacts écologiques et climatiques sont proportionnels aux terres déforestées pour l’agriculture. Cette comparaison montre l’importance de toujours prendre en compte le contrefactuel: si on ne faisait pas cela, que ferait-on à la place, et quel serait son impact?

En prime, il y a autant d’études qui lui trouvent un effet positif sur la santé que négatif. La question n’est pas définitivement tranchée, mais l’effet sur la santé semble suffisamment faible pour que ce ne soit pas un élément décisif pour guider le choix de cultures.
Comment nourrir la planète sans la dévaster ?
Il n’y a pas de problème global pour nourrir l’humanité. Nous produisons déjà de quoi nourrir une population de 10 à 11 milliards d’individus et nous sommes capables de produire plus. S’il subsiste de la faim dans le monde, elle est due à la surconsommation, au gaspillage et à la répartition inégale.
Mais l’agriculture est le problème environnemental n°1 : responsable d’un quart des émissions de gaz à effet de serre, de 70% de la consommation d’eau douce, d’une partie de la pollution environnementale, de l’occupation de 50% des terres habitables, donc en compétition avec les forêts, les animaux sauvages et les humains.
Par conséquent, rendre l’agriculture plus productive, plus intensive, faire en sorte qu’on puisse produire autant ou plus de nourriture sur moins de terres avec moins d’eau et moins d’intrants, est une clé essentielle pour résoudre de multiples problèmes environnementaux. Ne pas miser sur la productivité agricole, c’est un moyen sûr pour couler tous nos objectifs environnementaux.
Quelques faits importants :
- Grâce à l’augmentation de la productivité, il y a découplage entre la production agricole (qui continue à croitre) et la surface de terres cultivées (qui stagne ou décroit).
- Grâce à la rationalisation des techniques agricoles, nous sommes en passe de découpler aussi la production agricole (qui augmente) de l’utilisation d’engrais (qui stagne ou décroit dans les pays les plus avancés, dont la France).
[toutes les alternatives « traditionnelles » ou « naturelles », telles que la chasse et la cueillette, le pastoralisme, l’autosubsistance ou l’agriculture biologique font pire en termes d’occupation des terres] - C’est en Afrique que l’agriculture est la moins productive et qu’il y a le plus de marge de progression.
- 50% des céréales produites ne servent pas à nous nourrir, mais à nourrir du bétail et à des usages industriels (notamment les biocarburants).
- Produire de la viande est une manière remarquablement inefficace de produire de la nourriture : sur 100 calories consommées par un bovin, nous n’en retirons que 3 calories de viande (13 calories pour du poulet). C’est aussi la source de calories qui a les plus grandes émissions de gaz à effet de serre et qui requiert le plus de terres.

Comment avoir un système agricole durable pouvant nourrir toute la planète :
- Améliorer la productivité des cultures partout dans le monde (notamment en Afrique). Ne pas hésiter à utiliser la technologie pour cela (par exemple OGM plus résistants aux sècheresses, aux maladies, moins gourmands en eau et en engrais).
- Manger moins de viande, surtout bovine et ovine.
- Pour aider le plus grand nombre à manger moins de viande animale, développer massivement les substituts : viande végétale et viande de synthèse.
- Consommer moins de produits laitiers en faveur de produits végétaux.
- Gaspiller moins de nourriture (y compris si cela requiert plus d’emballages – le bilan sera quand même positif).
- Ne pas miser sur l’agriculture hors-sol (trop gourmande en énergie, bilan mauvais sauf exceptions).
On peut se détendre sur :
- La consommation locale. La nature de ce que vous mangez a beaucoup plus d’impact environnemental que d’où ça vient (sauf si ça voyage par avion). Manger un légume importé du bout du monde (par bateau) a moins d’impact que de manger une viande élevée dans la ferme d’à-côté.
- Manger bio. Moins productive, l’agriculture biologique consomme plus de terres et pollue plus l’eau (les nitrates sont les nitrates, que les engrais soient naturels ou synthétiques). Elle est moins polluante en pesticides, mais ça ne suffit pas à rendre son bilan global clairement positif, ni à en faire une solution généralisable à l’échelle de l’humanité.*
- Supprimer tous les emballages plastiques. Le plastique n’est pas bon pour l’environnement et nous en consommons trop, c’est certain. Mais sa contribution à l’impact environnemental de la nourriture est marginale. Quand il permet de mieux protéger la nourriture pour en gaspiller moins, son impact est positif.
Le livre contient 3 autres chapitres sur la biodiversité, les plastiques, et la surpêche, sur lesquels je n’ai pas pris de notes.
Pour ceux qui ont déjà lu le 1er livre d’Hannah Ritchie et qui lisent l’anglais, son 2ème livre vient de sortir! « Clearing the air » explore en 50 questions le défi du changement climatique en bien plus grand détail.

Ci-dessous la table des matières détaillée:




* Plusieurs personnes ayant été interpellées par l’évaluation insuffisamment flatteuse à leurs yeux de l’agriculture biologique rapportée dans ces notes de lecture, et n’étant moi-même pas spécialiste du sujet, je me contenterai de renvoyer à l’article détaillé de Hannah Ritchie sur le sujet sur le site Ourworldindata. Elle y cite ses sources bien entendu, et explique le raisonnement qu’elle conduit à partir de là.
merci pour cet article, et le partage du travail d’Hannah Ritchie.
Il est temps de compléter l’écologie politique par « l’écolométrie » !
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« Par conséquent, rendre l’agriculture plus productive, plus intensive, faire en sorte qu’on puisse produire autant ou plus de nourriture sur moins de terres avec moins d’eau et moins d’intrants, est une clé essentielle pour résoudre de multiples problèmes environnementaux. Ne pas miser sur la productivité agricole, c’est un moyen sûr pour couler tous nos objectifs environnementaux. »
Il y a quand même énormément de biais dans ce genre de raisonnement : la solution de produire une agriculture plus intensive pour nourrir 10 milliards d’humains n’est qu’une stratégie parmi d’autres. Miser sur la décroissance, et y compris, pourquoi pas, tendre à être moins nombreux sur terre, en est une autre (même si comme dit plus haut, la question de la répartition inégale des ressources est très importante), comme celle de produire et consommer moins de viande.
Par ailleurs, il me semble que ces raisonnements marchent quand on isole les problématiques. Sur la question des pesticides, par exemple, leur impact sur la santé humaine est largement démontré, ce qui implique plus de maladies, plus d’hôpitaux, etc Il faut une approche globale pour trouver des solutions durables.
Avez-vous lu le scénario Négawatt ?
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Oui être moins nombreux sur terre résoudrait naturellement un certain nombre de problèmes. Mais comme on ne va pas tuer les gens ou les laisser mourir de faim, en attendant que la démographie baisse (c’est en cours) il faut bien les nourrir. On ne peut pas juste décréter la décroissance de la population!
Vous mentionnez les problèmes de la viande et des pesticides, Hannah Ritchie aussi (y compris dans les extraits que j’en donne ci-dessus). Elle est parfaitement d’accord avec vous qu’il faut une approche globale, et fondée sur des données objectives.
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J’ai acheté et lu déjà le plus gros de ce livre. Pour le moins, c’est très intéressant car apportant une vue planétaire et une mise en perspective sur un temps long qui me manquait. Merci beaucoup du partage !
Je me questionne sur un point : vous personnellement, comment jugez-vous de la fiabilité des résultats de cette chercheuse ? Pour le moins, elle partage des résultats qui vont contre l’opinion consensuelle, notamment sur le bio. D’ailleurs vous le relevez, les commentaires le relèvent. Son raisonnement me semble cohérent, c’est le minimum, mais pour adhérer, j’aurais besoin de plus. Je vais creuser le sujet pour me faire une opinion mieux étayée, et je serais intéressé par votre approche pour juger d’un tel résultat, dans un domaine où vous n’êtes pas expert.
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C’est une question tout à fait légitime. Je ne suis pas expert dans le domaine de l’environnement, et par conséquent je ne peux pas avoir un avis aussi éclairé dans ce domaine que sur le mien (notez que c’est pour cela que cet article est catégorisé « Opinion » plutôt qu' »Expertise »). Je suis obligé de m’en remettre à des experts en environnement, mais comment savoir lesquels sont les plus fiables, si je n’ai pas moi-même une expertise similaire? C’est difficile, et je suis conscient que je peux me tromper. Néanmoins, la confiance que j’ai en Hannah Ritchie repose sur pas mal d’indices convergents:
– Elle n’a pas un message a priori à faire passer, qui serait indépendant des données. Elle se pose des questions, et va chercher des réponses dans les données, une approche qui est bien illustrée sur son blog. Elle peut avoir des opinions a priori, mais elle est prête à en changer. Elle explique dans son livre comment les données qu’elle a analysées l’ont fait changer d’avis sur un certain nombre de sujets. Et elle n’a aucun problème à dire lorsque les données sont simplement insuffisantes pour répondre à une question, ce qui est important aussi.
– Son approche basée sur les données contraste avec la plupart des discours qu’on entend sur l’environnement, qui ne sont généralement basés sur aucune donnée. Lorsque des données sont évoquées, elles le sont souvent n’importe comment. Souvent, aucune source n’est citée. Quand on arrive à retrouver une source et à la consulter, on se rend souvent compte qu’elle ne dit pas exactement ce qu’on lui fait dire. Les écrits de Ritchie contrastent dans ce paysage, en ce qu’elle montre toujours les données, explique comment elle les analyse, cite toujours des sources vérifiables, etc. Je ne prétends pas les vérifier, mais d’autres plus compétents que moi peuvent le faire, et c’est important. Cette transparence et cette traçabilité systématiques sont des critères de qualité importants dans la science moderne.
– Même si je ne peux avoir d’avis sur la nature, la représentativité et la qualité des données qu’elle choisit d’analyser, je connais les méthodes statistiques qu’elle utilise et elle me semble les effectuer de manière parfaitement compétente.
– Elle a une approche des problèmes qui me semble plus globale que la plupart des autres discours sur le même sujet. Pour prendre l’exemple de l’agriculture biologique, si on se base uniquement sur la quantité d’intrants épandus par hectare, la comparaison lui est bien sûr favorable. Mais si on prend en compte, comme le fait Ritchie, son impact sur les surfaces agricoles pour produire la même quantité de nourriture, le bilan peut changer. C’est la conséquence d’ajouter un terme de plus dans l’équation et d’essayer de prendre en compte tous les impacts pertinents, plutôt que de se focaliser sur des indicateurs trop étroits. C’est exactement la même problématique qu’on rencontre en sciences sociales, où les conclusions qu’on tire peuvent différer selon qu’on a pris en compte plus ou moins de facteurs dans l’analyse. C’est par exemple pour cela que je défends la prise en compte des facteurs génétiques, en plus des facteurs sociaux, pour ne pas avoir une vision tronquée du monde.
Bref, même sans être expert du fond du sujet, je reconnais en elle toutes les qualités scientifiques que je juge importantes, dans mon domaine comme dans les autres.
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Le dernier article sur son blog est d’ailleurs un bel exemple de son approche plus globale des problèmes.
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Merci de cette réponse très détaillée. Et bonne année !Après une lecture complète, j’ai beaucoup aimé, ça m’a apporté beaucoup, et elle apporte un optimisme rafraichissant. Cet optimisme, j’en suis cependant très méfiant. CF cette méta-analyse qui étudie l’effet de l’espoir sur l’engagement environnemental https://doi.org/10.3389/fpsyg.2023.1139427 En supposant qu’il soit partagé par l’ensemble de la population, cet espoir, je l’imagine pouvant induire un relâchement, une pression du peuple diminué sur les politiques pour qu’ils opèrent de forts changements. Est-ce qu’un individu, s’il considère que la société dans son ensemble fait ce qu’il faut pour traiter nos problèmes environnementaux, ne risque pas alors de se reposer sur cette pensée, et moins agir, que ce soit politiquement ou dans sa vie personnelle ? Hannah Ritchie a un optimisme nourri par son action, elle y dédie sa vie professionnelle. Mais c’est très loin d’être un cas général.Donc en résumé, j’ai envie de remercier personnellement Hannah Ritchie pour son message optimiste, mais de lui dire « S’il vous plait, modérez-le plus fortement d’un autre disant : il reste beaucoup à faire, et il faut accélérer ». C’est toute la difficulté du message scientifique, qui, dès lors qu’il sort du labo, se politise.Sur le bio, je n’ai pas encore un avis arrêté. Egalement pour des raisons politiques. Le bio bien souvent est mêlé à des modes de distribution différents, davantage rémunérateurs pour les agriculteurs, que j’estime plus vertueux. Egalement, les subventions actuelles favorisent l’agriculture conventionnelle, qui vise la rentabilité maximale. L’Europe met le paquet sur l’agriculture qui rapporte, qui s’exporte, et non pas sur l’agriculture la plus respectueuse de l’environnement et qui nourrira le plus sainement la population. Une transition vers moins de viandes/produits laitiers, c’est aussi un rapport de force entre différents mouvements agricoles. Le bio étant un argument de vente majeur des mouvements agricoles que je trouve les plus souhaitables sociétalement, je n’ai aucune envie d’amoindrir leur force de conviction. Sortir du bio VS conventionnel pour aller vers davantage de nuances et de facteurs, ça me semble souhaitable, mais malheureusement les acteurs dans le monde agricole qui prônent une telle position sont très très minoritaires et peu visibles. Sans ce mouvement progressif vers le bio que l’on vit en Europe depuis un certain nombre d’années et sans ses différents acteurs, aurait-on eu les mêmes avancées législatives réduisant entre autre l’utilisation des pesticides en conventionnel ? Mon avis est très clairement non. Enfin, j’expose les points auquel j’adhère moins, qui sont surtout politiques, mais en vérité, j’ai aussi envie de conseiller ce bouquin à d’autres.
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(désolé pour le formatage horrible, les retours à la ligne ont tous sautés)
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Il me semble que l’optimisme d’Hannah Ritchie est déjà modéré. Ce qu’elle dit, c’est qu’il est matériellement possible d’améliorer le monde, y compris au niveau environnemental, la preuve c’est que cela a déjà été fait et que l’on connait déjà beaucoup de moyens pour faire mieux. En aucun cas elle ne dit que le problème est réglé et qu’on peut laisser les gouvernants en roue libre et que tout va bien se passer. Nos problèmes sont solubles à condition d’y mettre un paquet de moyens et de volonté politique, ce qui n’est nullement garanti, on en voit aussi l’illustration tous les jours.
Vous craignez que son optimisme relatif ne décourage les efforts comportementaux et politiques, mais elle souligne aussi que le risque inverse existe: les discours qui exagèrent les problèmes environnementaux et les risques futurs, et qui dévalorisent les solutions existantes engendrent aussi de l’anxiété, du découragement, un sentiment d’inéluctabilité, qui n’incitent pas à faire des efforts pour changer les choses.
Il est donc important de trouver le juste milieu entre l’optimisme béat et le pessimisme excessif. Il faut être le plus réaliste possible et passer à l’action. Il me semble que c’est exactement cette attitude que Ritchie promeut et illustre.
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Merci pour le partage de ce livre qui permet de mettre en valeur certaines évolutions positives dans l’histoire de notre civilisation (Harari parmi d’autres avait déjà beaucoup contribué à vulgariser certains de ces sujets mais ça ne fait pas de mal de reprendre la pédagogie de ces sujets complexes).
Pour compléter, voici un compte-rendu (de la version anglaise) de l’ouvrage par un spécialiste de l’économie environnementale qui nuance fortement certains aspects de l’ouvrage (notamment la question du découplage) et apporte d’autres sources scientifiques, à travers la question de la décroissance, abordée de façon superficielle par Ritchie: https://timotheeparrique.com/a-response-to-hannah-ritchie-how-i-learned-to-stop-worrying-and-love-economic-growth/
Ce texte est malheureusement pour certains en anglais, mais il donne accès via des liens à de nombreuses autres sources d’informations dont certaines en français 😉
Voici deux extraits traduits pour donner aperçu du propos général:
« Le premier argument avancé par Hannah Ritchie est que la décroissance n’est pas nécessaire, car les pays à revenu élevé parviennent actuellement à réduire leur empreinte écologique tout en augmentant leur PIB. […] Avant de chercher un terrain d’entente, soulignons deux points de désaccord majeurs. Le premier concerne la définition même de la croissance économique. On pourrait débattre pour savoir si le produit intérieur brut (PIB) est un bon indicateur d’une « vie agréable et confortable » ou d’une « économie forte », et si sa croissance doit systématiquement être considérée comme un enrichissement (voir, par exemple, cet article estimant le « PIB gaspillé » aux États-Unis, ou un autre mesurant l’indice de bien-être économique durable pour l’UE-15). Deuxièmement, je serais curieux de voir des études concrètes (et pas seulement les chiffres bruts et non analysés tirés de Our World in Data qu’elle utilise tout au long du livre) démontrant que les pressions environnementales qu’elle mentionne sont effectivement « toutes en baisse », en particulier lorsque le PIB s’envole. En effet, des études passant en revue la littérature scientifique montrent qu’il n’y a pas de découplage absolu concernant les empreintes matérielles (par exemple, 1, 2), qui constituent peut-être l’indicateur environnemental le plus significatif puisqu’elles représentent plus de 90 % des dommages causés à la santé humaine et à la biodiversité. Mais admettons pour l’instant que Hannah Ritchie a raison et que le PIB se découple effectivement de toutes les pressions environnementales. La véritable question, comme elle l’écrit elle-même, est de savoir « si nous pouvons découpler ces impacts assez rapidement » (p. 35).[4] Dans le podcast de Mongabay, elle reconnaît que les taux de dissociation observés sont loin d’être suffisants. […] C’est précisément dans ce contexte que la décroissance[6] prend tout son sens. L’avantage d’une réduction de la production et de la consommation est qu’elle réduit directement l’utilisation des ressources naturelles, en plus de ce que permettent les éco-innovations. En ce sens, les deux approches ne sont pas strictement incompatibles. La décroissance introduit des stratégies d’« évitement », des moyens de ralentir certaines activités économiques comme l’aviation commerciale, la production automobile et la production de viande, ou encore la publicité. Ces économies s’ajoutent à celles réalisées grâce à des stratégies d’« amélioration » telles que la compensation carbone, les voitures électriques et les substituts de viande. C’est comme un régime où l’on réduit sa consommation de graisses et de produits sucrés (décroissance) tout en modifiant ses habitudes alimentaires, en passant des plats préparés aux repas faits maison ou en prenant de plus petites bouchées et en prenant le temps de bien mâcher avant d’avaler (croissance verte). Tous les gains d’efficacité sont les bienvenus, mais s’ils ne suffisent pas à eux seuls (ce qui est le cas aujourd’hui), pourquoi ne pas les compléter par des stratégies de suffisance ? »
« »La décroissance est socialement intenable ». C’est la deuxième raison, selon Hannah Ritchie, pour laquelle la décroissance « ne résoudra pas nos problèmes ». […] Ce discours souffre de plusieurs problèmes. Premièrement, personne ne prétend que tous les pays devraient cesser de croître. Cela serait inefficace sur le plan écologique, car la majeure partie de l’empreinte écologique mondiale est imputable à une minorité de ménages riches. Ce serait également socialement injuste, car on devrait s’attendre à ce que les régions du monde où les besoins ne sont pas satisfaits développent davantage leurs capacités de production afin de garantir des conditions de vie décentes, c’est-à-dire l’accès à un logement convenable, à une alimentation suffisante, à une énergie et une eau propres, à des soins de santé adéquats, aux transports publics, etc. Son deuxième argument est également erroné : personne ne prétend que les pays du Sud ne devraient recevoir que la part du revenu mondial issue de la décroissance pratiquée dans les pays du Nord. Le PIB mondial n’est pas un gâteau à partager entre les humains ; il s’agit uniquement d’un indicateur des flux de revenus, qui masque une diversité de modèles de production différents dont le seul point commun est qu’ils ont besoin d’énergie, de matières premières et de services écosystémiques pour fonctionner. (Ces idées fausses auraient facilement pu être évitées par une lecture rapide de la littérature sur la décroissance en relation avec le Sud – par exemple, 1, 2, 3, 4.) »
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Je n’ai pas d’avis particulier sur ce point. Je peux tout à fait accepter que le sujet de la décroissance ne soit pas le point fort dans l’argumentation d’Hannah Ritchie, elle n’est pas économiste et ce n’est pas une question simple qu’elle peut analyser directement comme plein d’autres données à Our world in data. Admettons donc que sur ce sujet, elle donne juste son sentiment subjectif, contrairement aux sujets plus factuels dont elle a analysé les données plus systématiquement. Je ne serais d’ailleurs pas surpris qu’elle soit prête à changer d’avis là-dessus si on lui présenter des arguments convaincants.
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