Suite à la publication de la note du CSEN sur la méditation de pleine conscience à l’école, un débat s’est engagé avec des personnes ayant divers points de vue.

Certaines personnes farouchement opposées à la méditation de pleine conscience (MPC) dans les écoles considèrent que cette pratique ne peut pas être laïque, qu’elle contient forcément des éléments religieux, allant parfois jusqu’à invoquer « un contenu bouddhiste soigneusement camouflé« . Elles demandent des preuves du fait que les pratiques de MPC qui sont considérées dans la note du CSEN ne contiennent aucun élément religieux.

Le problème, c’est qu’il est impossible de prouver l’inexistence de quelque chose. C’est à ceux qui affirment que quelque chose existe (des contenus religieux dans des formations/pratiques validées scientifiquement) d’en apporter la preuve. Pour cela, la seule méthode est de consulter les manuels de ces différentes pratiques, qui contiennent tous les contenus qui sont enseignés aux formateurs et aux pratiquants, et d’y chercher exhaustivement tous les éléments qui pourraient être de nature spirituelle ou religieuse. Ces manuels sont disponibles dans le commerce ou sur internet.

Si vous souhaitez prouver ou simplement savoir s’il y a des contenus religieux dans ces pratiques, explorez-les donc, dites-nous en commentaire ci-dessous ce que vous avez trouvé (avec des citations et références précises et vérifiables), et ainsi on en aura le cœur net.

Bien évidemment, la question n’est pas de savoir s’il existe des contenus religieux dans certains programmes de méditation : il en existe, c’est sûr. La question est de savoir si tous en contiennent, en particulier ceux qui sont présentés comme des programmes non-religieux, qui ont des preuves d’efficacité, et qui sont donc des candidats possibles pour être utilisés dans des écoles publiques françaises.

Voici une liste non-exhaustive de sources à consulter (n’hésitez pas à proposer des ajouts, surtout en libre accès) :


Addendum du 12/12/2022 en réponse aux arguments postés sur un blog et collés ci-dessous.

De ce très long commentaire, j’extrais ce qui me paraissent être les deux arguments principaux, répétés sous diverses formes.

Ces interventions peuvent représenter “les enseignements originels du Bouddha” sous une forme laïque, une forme typiquement occidentale de bouddhisme socialement engagé et “rationalisé pour une clientèle laïque”

Peut-être, et alors ? Si un enseignant enseigne aux élèves qu’il ne faut pas tuer, on peut aussi considérer que cela représente l’enseignement originel des 10 commandements judéo-chrétiens. Cet enseignant est-il pour autant en train de diffuser subrepticement des concepts religieux à ses élèves ?

De même, si des concepts relativement banals et consensuels ont été auparavant formulés à leur manière par des bouddhistes (et d’autres courants de pensée d’ailleurs, comme le stoïcisme), faut-il pour autant les rejeter ou considérer qu’ils ne sont pas vraiment laïques ?

Les religions ont-elles le monopole de la focalisation de l’attention, de la conscience du corps, de la souffrance, des besoins fondamentaux, de l’empathie, et de la justice, au point qu’on devrait s’interdire de les enseigner dans un cadre laïque ?

Le fait qu’il soit possible de retraduire le manuel MBSR en termes bouddhistes (d’après un document non publié cité par Brown 2016) ne change rien au fait qu’il est formulé, communiqué et pratiqué en termes non-religieux.

La question n’est donc pas de savoir d’où ça vient, par où c’est passé, comment ça a été transformé et traduit, par qui, avec quelles intentions, etc. La question est de savoir ce qu’il en reste dans les pratiques susceptibles d’être utilisées dans des écoles françaises. Et ça, ça ne se teste pas en faisant de longues dissertations historiques et philosophiques et en empilant des centaines de citations des prédécesseurs qui ont disserté sur le sujet. Ça se teste en examinant les contenus que les promoteurs de la MPC se proposent de diffuser dans les écoles. C’est ce que plusieurs collègues et moi avons fait et que nous vous avons proposé de vérifier sur pièces.

Il existe des données qualitatives montrant que des individus « se sont frayé un chemin dans le bouddhisme après avoir été initiés à la pleine conscience par le biais d’un cours laïc », ou encore une « corrélation significative entre l’augmentation de la pleine conscience et la spiritualité »

Que faire de telles données tantôt anecdotiques, tantôt corrélationnelles ? Que des gens qui se sont spontanément orientés vers la méditation soient plus religieux ou soient plus susceptibles que d’autres d’être attirés par le bouddhisme, si ce fait était avéré, cela ne serait pas bien étonnant. La question est : est-ce que c’est la méditation qui a augmenté leur sensibilité spirituelle, ou est-ce que c’est leur sensibilité spirituelle qui les a attirés vers la méditation (puis le bouddhisme) ? Bref, il manque toujours le groupe contrôle, qui permettrait de contrôler le biais d’auto-sélection et d’évaluer l’effet causal de la méditation dans le parcours de vie des personnes.

Notons que les interventions universelles dans les écoles, précisément parce qu’elles s’adressent à tous les élèves et pas seulement à ceux qui sont attirés par la méditation, ne souffrent pas de ce biais de sélection, et sont donc en bien meilleure position pour répondre à la question correctement. Dans ces études en milieu scolaire, les élèves qui sont dans le groupe d’initiation à la MPC développent-ils plus de croyances religieuses, et s’orientent-ils plus vers le bouddhisme que les élèves du groupe contrôle ? Je n’ai vu aucune mention d’un tel résultat, mais c’est peut-être simplement parce que les études n’ont pas testé cette hypothèse. En tous cas, si un tel résultat était avéré, il serait beaucoup plus convaincant que toutes les anecdotes et corrélations du monde, et il faudrait assurément en tenir en compte et réviser l’affirmation selon laquelle ce programme de MPC n’a aucun effet religieux ni spirituel.

Finalement, le problème avec tous ces exemples de méditation avec des éléments spirituels ou religieux, c’est qu’ils illustrent bien ce que l’on veut éviter dans les écoles françaises. Mais ils n’éclairent en rien ce qui pourrait se passer si l’on restreint la MPC dans les écoles aux programmes dûment validés et contrôlés, c’est-à-dire les seules conditions jugées éventuellement acceptables par la note du CSEN. L’erreur consiste à considérer qu’il n’y a qu’une pratique possible de la MPC, alors qu’il y a de toute évidence une diversité de pratiques. Les descriptions que l’on fait de certaines pratiques n’affectent pas ce que l’on peut penser des autres pratiques.

Pour chaque exemple donné de MPC contaminée par le bouddhisme, je dispose d’un témoignage* de personne totalement athée, formée intégralement à la MPC selon un programme non religieux, la pratiquant de manière non religieuse, et qui serait capable de la transmettre de la même manière. De tels exemples n’ont la valeur que d’exemples, mais ils ont au moins le mérite de montrer que c’est possible, ce qui ne transparait pas de l’accumulation d’exemples opposés.

Prenons donc la question différemment. Imaginez que vous soyez enseignant. Imaginez que vous soyez formé au programme MBCT, MBSR, ou encore Mindfulness in education, en stricte conformité avec le manuel, c’est-à-dire sans aucun élément spirituel ou bouddhiste apparent. Et que vous pratiquiez ce programme avec vos élèves, à nouveau en stricte conformité avec le manuel. Du point de vue de vos élèves, quels sont les éléments problématiques ? D’où va surgir le bouddhisme, s’il n’est pas dans le manuel et que vous ne l’y mettez pas vous-même ? En quoi les concepts de l’instant présent ou de compassion vont-ils évoquer des concepts religieux problématiques pour vos élèves, si vous n’en donnez pas vous-même une interprétation bouddhiste ?

Bref, j’en reviens à ma conclusion initiale: soit la MPC est irrémédiablement contaminée par des contenus religieux et ne peut être pratiquée que de manière religieuse ou spirituelle, auquel cas elle n’a rien à faire dans les écoles. Soit il existe une possibilité de pratiquer la MPC de manière exempte de tout élément spirituel ou religieux, auquel cas cette pratique particulière n’est pas fondamentalement incompatible avec l’école publique laïque, et on peut étudier la possibilité de l’utiliser dans les écoles françaises sous les conditions et avec toutes les réserves précisées dans la note du CSEN.


* Personnellement je ne pratique pas la méditation, je n’ai jamais été formé, et cela ne m’intéresse pas, donc je ne suis pas en mesure d’en témoigner. Pour savoir ce qui est transmis dans les formations de MPC dites laïques, je ne peux donc que m’appuyer sur la consultation des manuels et sur des témoignages de personnes en qui j’ai confiance.