Sur le sujet de l’environnement (comme sur bien d‘autres), les médias nous donnent une vision déformée à la fois des problèmes et des solutions. Les médias tendent à relayer des discours préfabriqués, parfois par des scientifiques, mais aussi souvent par des politiques et des militants. Ces discours ne se basent pas suffisamment sur des données objectives et fiables, et sont parfois en décalage complet avec la réalité.

Le travail d’Hannah Ritchie à Our World in Data, c’est justement de produire des données objectives et fiables sur le monde pour que les politiques et les citoyens puissent ensuite prendre les meilleures décisions possibles. C’est pourquoi son livre, aujourd’hui traduit en français, est une lecture incontournable pour tous ceux qui se sentent concernés par la crise environnementale et qui souhaitent agir le plus efficacement possible pour la transition écologique.

J’ai collé ci-dessous quelques extraits et notes prises à la lecture de la version originale du livre. Évidemment, ces notes ne donnent pas de justification des affirmations faites, et encore moins les références scientifiques. Si vous voulez des justifications argumentées, quantifiées et sourcées, elles existent, elles sont toutes dans le livre.

Les problèmes de notre information sur l’environnement

Nous regardons les informations quotidiennes et ces gros titres contribuent à notre vision du monde. Mais ça ne marche pas. Les nouvelles sont conçues pour nous dire des choses… nouvelles: une histoire particulière, un événement rare, la dernière catastrophe. Parce que nous les voyons dans les informations si souvent, les événements improbables semblent probables. Pourtant le plus souvent ils ne le sont pas. C’est pour cela qu’ils sont sélectionnés comme « nouvelles », et qu’ils attirent notre attention. Ces événements et histoires particulières sont importants. Mais ils sont une très mauvaise manière d’avoir une vision globale.

Beaucoup de changements qui façonnent profondément le monde ne sont pas rares ni captivants. Le seul moyen de les voir est de prendre du recul et de regarder des données sur le long terme. Il est important de bien apprécier les progrès passés pour :

  • Éviter une vision excessivement défaitiste qui conduit à l’éco-anxiété et au découragement, et qui détourne des actions importantes à mener.
  • Apprendre de ce qui a marché dans le passé pour s’en resservir à l‘avenir.

On a souvent une perception erronée des actions qui sont bonnes (pour l’environnement, le climat). Les médias accordent une surreprésentation à certaines politiques ou actions qui ont des effets minimes, voire des effets négatifs, tout en minimisant ou en passant sous silence des politiques ou actions qui auraient des effets positifs bien supérieurs. Du coup beaucoup de nos concitoyens dotés d’une forte conscience écologique s’épuisent en une myriade d’actions qui ont très peu d’effet, tout en n’accomplissant pas des actions qui auraient un bien plus grand impact. Il importe d’informer toutes ces décisions par des données objectives et fiables, de manière à réorienter au maximum les énergies vers les actions à fort impact. Nous ne parviendrons pas à résoudre les problèmes environnementaux de la planète sans se concentrer en premier lieu sur les actions à plus fort impact.

La pollution de l’air

3 success-stories concernant la pollution de l’air :

  • les pluies acides sont un problème résolu dans les pays riches et en cours de résolution dans les autres.
  • la couche d’ozone a cessé d’être détruite et est en cours de reconstitution.
  • la qualité de l’air s’améliore continument dans les grandes villes des pays riches, et on sait quoi faire pour les autres.

Ces quelques succès montrent que les humains sont 1) capables de prendre conscience de certains problèmes environnementaux majeurs; 2) de décider collectivement de les résoudre; 3) de trouver des moyens efficaces pour les résoudre; 4) de les mettre en œuvre de manière suffisamment globale et résolue pour que ça finisse par porter ses fruits. Rien ne garantit qu’il en soit nécessairement de même pour tous les problèmes auxquels nous sommes confrontés, mais cela montre au moins que c’est possible et qu’il faut continuer dans cette voie.

Comment réduire la pollution de l’air à presque zéro partout? Une recette simple: Arrêter de bruler des choses!

  • Donner à tous accès à des carburants domestiques propres.
  • Arrêter les brulis de cultures.
  • Retirer le soufre des carburants fossiles.
  • Passer aux véhicules électriques.
  • Conduire moins.
  • Abandonner les énergies fossiles au profit des renouvelables et du nucléaire (bonus: c’est bon aussi pour le climat).

Le changement climatique

Beaucoup voient le mode de vie moderne comme un problème. Nous passons toute la journée sur des gadgets gourmands en énergie. Nous achetons beaucoup de choses et nous ne prenons pas la peine de les réparer.  Nous gaspillons de la nourriture. Et pourtant, notre empreinte carbone est la moitié de celle de nos grands-parents (HR parle pour le Royaume-Uni et ça vaut aussi pour la France). Grâce à la transition du charbon vers une électricité de moins en moins carbonée.

De nombreux pays ont découplé leur croissance économique de leurs émissions de CO2. Même quand on inclut les émissions induites dans d’autres pays par l’achat de produits importés.

Les leviers les plus importants pour limiter le changement climatique :

  • décarboner l’énergie : renouvelables et nucléaire.
  • décarboner les transports : pas de voiture ou voiture électrique, prendre moins l’avion. Pour les autres besoins, il va falloir innover et limiter.
  • décarboner ce que nous mangeons: moins de viande et de produits laitiers, améliorer l’empreinte carbone et la productivité de l’agriculture, réduire la surconsommation et le gaspillage.
  • innover pour décarboner le ciment ou capter ses émissions.
  • taxer le carbone (ce qui facilitera tout le reste) .

Les actions qui n’ont pas autant d’impact positif sur le climat que vous croyez et sur lesquelles vous pouvez vous détendre si ça vous complique excessivement la vie (pour mieux se concentrer sur les actions à fort impact) :

  • recycler les bouteilles plastiques;
  • remplacer les ampoules par de plus efficaces;
  • s’abstenir de télécharger des films;
  • lire sur papier plutôt que sur liseuse;
  • utiliser le lave-vaisselle plutôt que laver à la main;
  • manger local;
  • manger bio (peut même aggraver votre empreinte carbone);*
  • éteindre les appareils en veille;
  • débrancher les chargeurs de téléphone.

La déforestation

La plus grosse infox sur la forêt : « l’Amazonie nous fournit 20% de notre oxygène ».

En fait les forêts consomment autant d’O2 qu’elles n’en produisent. L’O2 que nous respirons a été produite par des cyanobactéries il y a 2,5 milliards d’années et n’est pas prête de s’épuiser.

Il y a de bien meilleures raisons de vouloir stopper la déforestation: émissions de CO2 et perte de biodiversité.

Deuxième infox sur la déforestation : « on peut la réduire en boycottant l’huile de palme ».

En fait cette plante est tellement plus productive que les autres qu’il faudrait 4 à 10 fois plus de surface agricole pour produire la même quantité d’autres huiles. Or les impacts écologiques et climatiques sont proportionnels aux terres déforestées pour l’agriculture. Cette comparaison montre l’importance de toujours prendre en compte le contrefactuel: si on ne faisait pas cela, que ferait-on à la place, et quel serait son impact?

En prime, il y a autant d’études qui lui trouvent un effet positif sur la santé que négatif. La question n’est pas définitivement tranchée, mais l’effet sur la santé semble suffisamment faible pour que ce ne soit pas un élément décisif pour guider le choix de cultures.

Comment nourrir la planète sans la dévaster ?

Il n’y a pas de problème global pour nourrir l’humanité. Nous produisons déjà de quoi nourrir une population de 10 à 11 milliards d’individus et nous sommes capables de produire plus. S’il subsiste de la faim dans le monde, elle est due à la surconsommation, au gaspillage et à la répartition inégale.

Mais l’agriculture est le problème environnemental n°1 : responsable d’un quart des émissions de gaz à effet de serre, de 70% de la consommation d’eau douce, d’une partie de la pollution environnementale, de l’occupation de 50% des terres habitables, donc en compétition avec les forêts, les animaux sauvages et les humains.

Par conséquent, rendre l’agriculture plus productive, plus intensive, faire en sorte qu’on puisse produire autant ou plus de nourriture sur moins de terres avec moins d’eau et moins d’intrants, est une clé essentielle pour résoudre de multiples problèmes environnementaux. Ne pas miser sur la productivité agricole, c’est un moyen sûr pour couler tous nos objectifs environnementaux.

Quelques faits importants :

  • Grâce à l’augmentation de la productivité, il y a découplage entre la production agricole (qui continue à croitre) et la surface de terres cultivées (qui stagne ou décroit).
  • Grâce à la rationalisation des techniques agricoles, nous sommes en passe de découpler aussi la production agricole (qui augmente) de l’utilisation d’engrais (qui stagne ou décroit dans les pays les plus avancés, dont la France).
    [toutes les alternatives « traditionnelles » ou « naturelles », telles que la chasse et la cueillette, le pastoralisme, l’autosubsistance  ou l’agriculture biologique font pire en termes d’occupation des terres]
  • C’est en Afrique que l’agriculture est la moins productive et qu’il y a le plus de marge de progression.
  • 50% des céréales produites ne servent pas à nous nourrir, mais à nourrir du bétail et à des usages industriels (notamment les biocarburants).
  • Produire de la viande est une manière remarquablement inefficace de produire de la nourriture : sur 100 calories consommées par un bovin, nous n’en retirons que 3 calories de viande (13 calories pour du poulet). C’est aussi la source de calories qui a les plus grandes émissions de gaz à effet de serre et qui requiert le plus de terres.

Comment avoir un système agricole durable pouvant nourrir toute la planète :

  • Améliorer la productivité des cultures partout dans le monde (notamment en Afrique). Ne pas hésiter à utiliser la technologie pour cela (par exemple OGM plus résistants aux sècheresses, aux maladies, moins gourmands en eau et en engrais).
  • Manger moins de viande, surtout bovine et ovine.
  • Pour aider le plus grand nombre à manger moins de viande animale, développer massivement les substituts : viande végétale et viande de synthèse.
  • Consommer moins de produits laitiers en faveur de produits végétaux.
  • Gaspiller moins de nourriture (y compris si cela requiert plus d’emballages – le bilan sera quand même positif).
  • Ne pas miser sur l’agriculture hors-sol (trop gourmande en énergie, bilan mauvais sauf exceptions).

On peut se détendre sur :

  • La consommation locale. La nature de ce que vous mangez a beaucoup plus d’impact environnemental que d’où ça vient (sauf si ça voyage par avion). Manger un légume importé du bout du monde (par bateau) a moins d’impact que de manger une viande élevée dans la ferme d’à-côté.
  • Manger bio. Moins productive, l’agriculture biologique consomme plus de terres et pollue plus l’eau (les nitrates sont les nitrates, que les engrais soient naturels ou synthétiques). Elle est moins polluante en pesticides, mais ça ne suffit pas à rendre son bilan global clairement positif, ni à en faire une solution généralisable à l’échelle de l’humanité.*
  • Supprimer tous les emballages plastiques. Le plastique n’est pas bon pour l’environnement et nous en consommons trop, c’est certain. Mais sa contribution à l’impact environnemental de la nourriture est marginale. Quand il permet de mieux protéger la nourriture pour en gaspiller moins, son impact est positif.

Le livre contient 3 autres chapitres sur la biodiversité, les plastiques, et la surpêche, sur lesquels je n’ai pas pris de notes.


Pour ceux qui ont déjà lu le 1er livre d’Hannah Ritchie et qui lisent l’anglais, son 2ème livre vient de sortir! « Clearing the air » explore en 50 questions le défi du changement climatique en bien plus grand détail.

Ci-dessous la table des matières détaillée:


* Plusieurs personnes ayant été interpellées par l’évaluation insuffisamment flatteuse à leurs yeux de l’agriculture biologique rapportée dans ces notes de lecture, et n’étant moi-même pas spécialiste du sujet, je me contenterai de renvoyer à l’article détaillé de Hannah Ritchie sur le sujet sur le site Ourworldindata. Elle y cite ses sources bien entendu, et explique le raisonnement qu’elle conduit à partir de là.