J’ai récemment répondu à des questions du journal La Croix sur les tests d’intelligence. Comme souvent, il ne reste pas grand-chose de mes réponses dans l’article. Je mets donc l’intégralité de mes réponses à disposition des lecteurs:

  • Si le test de QI, utilisé dans un cadre clinique, est un outil « robuste »  l’usage qu’on en fait aujourd’hui pour identifier les enfants HPI, notamment, a-t-il un sens ? 

Les tests d’intelligence sont des outils robustes pour mesurer l’intelligence à tous les niveaux de performance, donc aussi bien dans les hauts niveaux que dans les niveaux faibles ou moyens.

En revanche, est-ce qu’il est justifié de les utiliser pour identifier les enfants à haut QI ? Dans certains cas, certainement, et dans d’autres beaucoup moins.

  • Ces tests mesurent certaines capacités (par rapport aux personnes du même âge) mais ils ne prennent pas en compte des caractéristiques comme la créativité, l’intelligence émotionnelle, l’engagement dans une tache, ou les processus inconscients. Dès lors, peuvent-ils être un critère pour évaluer l’intelligence d’un individu ? 

Ces tests sont conçus pour mesurer l’intelligence générale, au sens du « facteur g ». Ils ne mesurent pas directement la créativité ou les compétences sociales (mais impliquent tout de même l’engagement dans une tâche et des processus inconscients). Les tests d’intelligence ne mesurent donc pas toutes les qualités d’un être humain. Mais ils en mesurent un sous-ensemble important et pertinent, notamment par rapport à la scolarité et à la performance professionnelle.

  • Peut-on réduire une personne à un test de QI, comme on le fait avec les HIP. N’y a -t-il pas un risque d’une essentialisation ?

Non il ne faut jamais réduire une personne à une seule de ses dimensions, que ce soit son intelligence générale, sa réussite scolaire ou professionnelle, son origine sociale ou ethnique, sa nationalité, son affiliation politique, etc. Cette considération n’est pas propre au HPI ni à l’intelligence.

  • C’est une polémique de longue date : le qi se transmet-il génétiquement ?

Le formuler comme cela n’est pas correct. On peut dire que le QI d’un enfant est déterminé à la fois par les gènes transmis par ses parents, et par son environnement biologique, familial, social et scolaire. Il y a des preuves solides de l’influence de chacun de ces facteurs.

  • L’usage de ces tests s’est beaucoup développé. Qu’est-ce que cela dit de notre société ? 

C’est une question d’interprétation qui n’est pas de mon ressort. Je peux répondre à une question plus factuelle : quelles en sont les causes ? J’en vois plusieurs :

  1. Les pratiques d’un nombre croissant de psychologues sont devenues plus rigoureuses. Pour faire leurs bilans et diagnostics, ils utilisent plus systématiquement des batteries de tests bien validées (pas uniquement d’intelligence), plutôt que leur simple intuition et que des outils cliniques peu fiables (dessins d’enfants, tests projectifs…). De ce point de vue c’est plutôt un progrès.
  2. Du fait de la meilleure reconnaissance des troubles neurodéveloppementaux, il y a une demande croissante de bilans cognitifs de la part des parents, des médecins et des écoles. Ces diagnostics nécessitent de faire passer des batteries de tests, incluant le QI et bien plus. Dans la mesure où ces troubles étaient auparavant sous-diagnostiqués, il est logique que les tests et les diagnostics augmentent, et ce rattrapage est donc positif.
  3. Au-delà des diagnostics de véritables troubles, il y a aussi une demande croissante de tests pour obtenir l’étiquette HPI, qui est vue par certaines familles comme un diagnostic plus désirable que les TND.  Dans certains cas, c’est légitime. Dans d’autres pas, notamment lorsqu’on fait croire que tous les problèmes de l’enfant sont dus à son haut QI, et qu’on passe à côté d’un véritable diagnostic et d’une opportunité de mieux aider l’enfant. Malheureusement, certains psychologues répondent à cette demande d’étiquettes HPI et même l’encouragent. Mais c’est loin d’être un cas général.

Si vous voulez en savoir plus sur l’intelligence, sa mesure, et les caractéristiques des personnes à haut QI, je vous renvoie à mes autres articles sur le sujet ainsi qu’à cette conférence.